L’excision, une affaire de femmes?

February 11th, 2012

Publié dans Sisyphe.org, le 6 février 2012.

On parle beaucoup de l’excision, cette ablation partielle ou totale du clitoris, que subissent 300 millions de fillettes dans le monde, en grande partie dans des pays africains. On dit aussi souvent que c’est une affaire de femmes, puisque celles-ci sont à la fois les victimes puis les organisatrices de cette pratique, et aussi les principales activistes pour son abolition. 

Exciser est effectivement un métier exercé par des femmes, et les recherches (1) montrent également à quel point l’opinion des mères excisées influence la décision d’exciser leurs filles.

Parce que l’excision est une affaire de femmes, il ne s’agirait pas de l’une des marques de la domination masculine? … //

… L’excision est donc peut-être une affaire de femmes, mais dans un contexte de pouvoir de décision inégal au sein des couples, où c’est l’opinion du mari prévaut sur celle de l’épouse.

La chercheuse Séverine Carillon (4) aboutit aux mêmes résultats dans sa recherche à Djibouti et interroge directement la posture effacée des hommes dans ce domaine. « Si donc les femmes détiennent le pouvoir de décider de l’excision de leurs propres filles, c’est parce que les hommes n’interviennent pas. La non implication ou l’implication partielle des hommes est donc volontaire et recherchée. »

La chercheuse met en lumière la violence symbolique à l’œuvre dans l’excision. Les femmes, en reproduisant sur leurs filles la violence physique qu’elles ont-elles-mêmes subies, signifient par là qu’elles acceptent de participer d’elles-mêmes à leur propre mutilation et ainsi à leur soumission aux hommes. Par conséquent, en excisant les fillettes, les femmes donnent implicitement la possibilité aux hommes de contrôler sexualité et fécondité des femmes. L’invisibilité des hommes apparait alors très lourde de sens (S. Carillon).

La domination masculine, intériorisée par les femmes, s’exprime avec la reproduction d’un acte symbolique de générations en générations, dans le silence coupable des hommes, conscients pourtant de leur capacité à faire cesser cette pratique.

De la recherche à l’action:

Que penser de ces résultats de recherche ? Que seul un travail plus profond sur les normes de genre et la symbolique masculin/féminin peuvent susciter le changement. Que les lois seules ne suffisent pas. Et enfin, qu’un discours occidental sur l’excision comme violence ne peut être entendu par des femmes qui, presque nées excisées, portent en elles ce stigmate d’infériorité qu’il est très difficile de dépasser pour le combattre.

Les seules femmes excisées que j’ai entendu dénoncer l’excision expliquent qu’elles ont découvert la violence dont elles ont été victimes lors de discussions avec des femmes non excisées. La première violence, celle de la perte du clitoris et donc d’une part immense du plaisir féminin, est celle qui les a fait prendre conscience et les a menées à l’activisme.

Pourquoi cela ne fonctionne-t-il pas de même dans les campagnes nationales de sensibilisation sur l’excision ? Tout simplement parce que peu de gens osent parler de sexualité. L’excision n’est abordée que comme un problème de santé, sans mettre les mots sur les choses. Commençons par oser parler sexualité et rapports de genre. (le texte en entier).

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